Quelques étrangetés de l’aventure Immortelle…
Tome 1.
Il existe bien un château de Roissac. Et, fait plus troublant encore, il se trouve en Saintonge – cette vieille province dont je n’ai jamais foulé le sol, pas même enfant. Le nom m’était venu seul, par intuition, posé sur la page comme une évidence. J’ai appris depuis qu’il se dresse près de Cognac, qu’une villa gallo-romaine l’a précédé, puis un logis des La Rochefoucauld, et qu’il veille encore aujourd’hui, classé parmi les Monuments historiques. J’ai désormais le projet d’aller y faire un tour… pour voir, de mes yeux, ce que ma mémoire connaissait déjà.
Tome 2.
En cherchant Némésis, le nom du voilier, je tombai d’abord sur la déesse grecque de la juste rétribution. Soit. Mais en fouillant plus avant… il a réellement existé un navire de ce nom. Un trois-mâts barque, sorti des chantiers nantais en 1875 – à l’époque même de mon récit – et qui ralliait les Antilles, ses cales gorgées de marchandises de toutes sortes. Trois mâts, comme celui que j’avais vu en moi bien avant de le savoir. Comment un nom surgi de l’intuition peut-il recouvrir si exactement une silhouette de bois et de toile ayant vraiment fendu les flots ?
Tome 4.
Au fil de mon existence, j’ai retrouvé bien des âmes croisées dans d’autres de mes vies ; nous ne cessons, semble-t-il, de nous chercher et de nous reconnaître à travers le temps. Voici un exemple de la façon dont, parfois, elles me reviennent. Cette expérience n’a rien d’isolé – mais c’est l’une des rares où j’ai pu, après coup, vérifier la date.
Un soir, devant le film Everest – un homme meurt sur une montagne en laissant derrière lui une femme qui attend leur enfant –, une émotion immense est montée, sans prévenir. Mon corps s’est mis à trembler, à pleurer, comme si la douleur ne m’appartenait pas. J’ai demandé : pourquoi, et quand ? Une voix a répondu :
— C’est la guerre.
— Où ?
— En Allemagne. 1742.
Et tout m’est revenu – les images, les noms, la totalité des sentiments. J’étais elle. Helna. Enceinte, Frantz tombé au combat, sa douleur devenue la mienne, intolérable. Comment aider cette part de moi qui vivait dans un autre corps, un autre temps ? Je me suis prise dans mes propres bras, bercée, accompagnée. Ne plus résister, laisser l’émotion traverser, lâcher les pourquoi. Alors Helna m’a rejointe et s’est apaisée. Une part de moi rentrait à la maison ; elle n’était plus là-bas. Il n’y avait rien à comprendre : ce n’était que de la vie.
Il y eut bien une guerre, cette année 1742 – la première guerre de Silésie. Mais l’étrangeté n’est pas dans les livres d’Histoire.
Elle est venue bien plus tard, des années après. J’ai rencontré un homme, le compagnon d’une amie, et – réaction absurde, inexplicable – je n’ai eu qu’une envie : lui mettre mon poing dans la figure. Je n’en savais pas la raison, seulement qu’il n’y avait là aucun hasard. Au cours de la soirée, il s’est mis à raconter une vie de soldat qu’il avait retrouvée grâce aux annales akashiques : un champ de bataille, un homme qu’il n’était pas allé sauver. Aux détails qu’il donnait, j’ai su qu’il parlait de Frantz. Et j’ai compris d’où me venait cette colère. Je ne l’ai pas frappé, rassurez-vous. Mais comment ne pas s’incliner devant la manière dont les choses se recoupent, dont les âmes, à travers le temps, finissent toujours par se retrouver ?

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