Les Amis Merveilleux – La mémoire de l’âme
Se souvenir d’une vie antérieure, est-ce seulement se rappeler ? Pour Léa, non. Ce n’est pas relire une vieille histoire à distance : c’est y retomber tout entière, reprendre intactes les émotions d’autrefois, redevenir l’espace d’un souffle celle qu’elle fut.
Dans cet extrait des Amis Merveilleux – troisième tome de la série Immortelle –, un petit cercle l’interroge. Jérôme et les autres voudraient comprendre ce que recouvre vraiment la mémoire de l’âme : non pas une curiosité, mais une plongée. Léa cherche les mots – Florentine éteinte au fond d’une oubliette, les retrouvailles avec Léontine, ces noms anciens que l’on se surprend à murmurer – pour dire cette conscience élargie qui, par-delà les cinq sens, relie le visible et l’invisible.
Laissons-lui la parole…
J’acquiesçai, et expliquai que, oui parfois c’était magique, et parfois les images, les sensations qui venaient de ces autres vies, n’étaient pas agréables. Je parlai de la fin de vie de Florentine au fond d’une oubliette par exemple… et comment j’étais entrée en contact avec son esprit, pour adoucir ses derniers instants.
Je racontai que pour moi les vies antérieures, ce n’était pas seulement se souvenir d’avoir été telle ou telle personne, dans une situation quelconque. C’était ÊTRE cette personne, et reprendre le flot des émotions de ce qui se vivait alors. Et pour les souvenirs, parfois toute la connaissance se dévoilait en une fraction de seconde… les images, les sentiments, les émotions. Cela arrivait quand je revivais une situation identique, ou que la personne avec laquelle je me trouvais, reproduisait le même geste, le geste ancien de cette autre vie…
Parfois, c’était comme un puzzle, c’était un élément ici et un autre souvenir à un autre moment, et tout prenait forme, tout s’emboîtait parfaitement jusqu’à présenter le tableau complet. Je crus me rappeler que Blanche l’exprimait ainsi, elle aussi dans son livre.
— Je suis en train de le vivre là, avec Léontine, dis-je. Les souvenirs reviennent doucement et nous nous surprenons à nous appeler de nos anciens noms affectueusement, et nous replongeons parfois dans un autre temps pendant quelques secondes…
Je n’osais pas parler de Lucas et du fait qu’il avait été le frère de Blanche ; je ne pensais pas qu’il s’en soit ouvert à quiconque. Je repris…
— Voyez-vous Jérôme, quand on a le désir, comme vous l’exprimiez, de se souvenir de ses vies antérieures, c’est souvent plus dans le sens de se rappeler des histoires par curiosité. Mais nous n’avons pas idée à ce moment-là de ce que cela est vraiment. Comme je le disais, ce n’est donc pas seulement se souvenir de ses vies antérieures ou pas. Ce n’est pas juste un souvenir comme ça, comme on se rappelle quelque chose de vague. C’est reprendre toutes les émotions, tous les sentiments qui vont avec.
— Comment l’expliquez-vous ? demanda Jérôme.
— Oui, reprirent les autres, comment est-ce possible, selon vous ?
— Je pense que c’est grâce à un état de conscience modifiée, une perception inhabituelle de l’espace et du temps assurément. Nous pourrions dire une expansion de conscience dans le sens de percevoir au-delà de nos cinq sens ou plutôt en dehors ; la capacité à se relier à l’ensemble des dimensions visibles et invisibles.

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