Dans Immortelle, tome 2, Léa ouvre Le Livre de Blanche, ces pages laissées par une femme disparue qui canalisait, avant elle, la voix d’un créateur de mondes. Ce qu’elle y lit ne ressemble à aucune lecture : les mots deviennent vision, l’univers se révèle fait de mondes emboîtés – des poupées gigognes dans tous les temps et tous les espaces – et l’écriture, soudain, apparaît comme un acte de création.
Auprès de Nicolas, Léa reprend à voix haute les paroles de cette entité pour qui le temps n’existe pas. Et tandis qu’elle lit, un vertige la gagne : et si écrire un roman, c’était déjà mettre des mondes au monde ? Si ses personnages, nés d’une simple pensée, existaient vraiment, quelque part ? Je vous laisse entrer dans ces pages.
Le Livre de Blanche
« Message d’un créateur de mondes, d’un amoureux perpétuel »…
« Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas… ! Sauf qu’il n’y a ni haut ni bas, ni passé ni futur, ni devant ni derrière… ni de présent d’ailleurs, tu serais bien en mal de le trouver. L’homme est un créateur de mondes comme son père et le père de son père avant lui. Seules les pensées circulent et créent l’espace-temps, seules elles donnent la forme. Cela ressemble à des poupées gigognes, pas seulement l’une dans l’autre, mais les unes dans les autres, dans toutes les directions, dans tous les espaces et dans tous les temps. Ce qui s’en rapproche le plus serait ce que l’on appellera dans le futur, la fractale… »
En lisant ce mot, j’en eus la vision, là dans l’espace face à moi. Je tentai une explication pour Nicolas. Étais-je aussi en contact avec cette entité canalisée par Blanche ? Le temps ne voulait rien dire pour ces êtres, m’avait-il perçue, moi qui reprenais ses mots ?
— Léa ?
Je continuai…
« Si tu peux la concevoir comme une expansion, comme une explosion, tu comprendras alors une infime parcelle du fonctionnement des mondes. La croissance est exponentielle et infinie. Ainsi tu n’es qu’une pensée rendue vivante par mon désir de toi, comme tes personnages de roman ne sont que des pensées et pourtant maintenant ils existent dans cette bulle, cette séquence que tu as créée pour eux, cette poche dans l’espace et le temps, comme toi qui es dans une bulle similaire. Écrire, c’est aussi créer des mondes… ! »
— Blanche écrivait des romans ? dis-je, je l’ignorais.
— Oui, elle en avait écrit quelques-uns, mais je ne les ai jamais lus ; dommage, j’aurais aimé la connaître mieux, j’étais si petit quand elle est morte.
— Je reprends…
« Écrire, c’est aussi créer des mondes… ! Je t’ai désirée et j’en ai désiré d’autres, tellement d’autres, des multitudes, j’ai tant d’envies, tant de désirs d’expérimenter. Ne me juge pas, ne me reproche pas ta vie ! Regarde, tu fais de même à ton échelle, regarde ! Ce visage d’homme dans les montagnes qui te trouble, et te voilà à rêver poser tes lèvres sur les siennes, et partir avec lui dans les hautes steppes ; et cet autre complètement différent, dans un autre pays, d’un autre âge, aussi blond que le premier est brun, et tu projettes une autre vie dans ses bras : tu ne veux pas choisir, tu les veux tous, et moi aussi, me comprends-tu, moi aussi. Mais tes rêveries ne sont que des jeux d’enfants. Je t’apprendrai à voir grand, à bouger les mondes plus avant, car par toi j’apprends plus que par d’autres. Je te montrerai mon enfant, ma chose, ma pensée préférée. »
Cet extrait est tiré d’Immortelle, tome 2 – Les Ombres et les Lumières, deuxième volet de la série de romans initiatiques où Léa traverse la mémoire des âmes et les seuils entre les mondes. Découvrir la série.

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